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La trouille


Une Nuit sur le Mont Chauve – Nathalie Celle-Guillard


Elle a trop fêté Halloween,

Elle en a perdu ses copines ;

Le soir venu, elle hallucine :

Le chemin du retour n'est plus,

Sa maison même a disparu !

Un château se dresse à sa place,

Tout environné de menaces…


Face au regard noir du hibou

Qui semble lui chercher des poux

La fillette tombe à genoux

Et s'écorche sur les cailloux.

C'est n'est qu'un petit bout de chou,

Seule et paumée sans son joujou,

Son nounours baptisé bijou.


Devant elle, à perte d'espoir,

Comme des flammes dans le noir,

Luisent les rictus démoniaques

De toute une armée de citrouilles

Qui se préparent à l'attaque ;

Elle est déjà morte de trouille.


Les démons, jadis terrassés,

De l'enfer sortent, courroucés,

Marée de cucurbitacées.

Elle voudrait bien crier "Assez !"

Mais rien ne sort, juste ell' bredouille…

Elle tremble, sa vue se brouille.


La lune, blancheur opaline,

Sa tait tandis qu'on l'assassine.

Sur qui pourrait-elle compter

Pour la tirer de ce guêpier ?

Non, il faut bien qu'ell' se débrouille

Pour échapper aux fruits qui grouillent.


Elle fonce sur les citrouilles,

Les piétine, les écrabouille

Ça fait des plouch, des splaf, des ouille!

Des bruits de succion, de gargouille.

La pulpe éclat', poisse, barbouille…

Ell' patauge dans la gadouille.


Le champ n'est plus que ratatouille.

Des corps morts monte une fumée,

Le décor tremble et disparaît.

Adieu hibou, château, citrouilles,

Les démons sont partis, bredouilles.

Tout cela n'était qu'une embrouille !


Sa maison est là, éclairée ;

Deux silhouett's au bout de l'allée

Hurlent en agitant les bras.

Ouf ! Ce sont maman et papa !

De les revoir, ses yeux se mouillent,

Et dans ses pleurs… se noie… la trouille.



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